Parler du temps et de l’amour

En fin d’après-midi, Natalia et moi étions conviées à prendre un chaï chez Gautam. Son père travaille à l’usine de sucre, il habite donc dans le complexe avec sa famille (père, mère, petit frère, cousins…and God knows who else!)

Il nous montre des photos du mariage de son frère, de sa famille au grand complet, de lui plus jeune. On s’aperçoit qu’à chaque fois qu’on lui pose une question relative au temps, il hésite, et parfois ne connaît pas la réponse. Il croit avoir 25 ans, demande à sa mère de confirmer l’âge de son frère. Il nous explique que se préoccuper du temps qui passe, c’est se compliquer la vie. Gautam n’a pas envie de s’embarrasser avec des dates et des chronologies. Il préfère se concentrer sur l’espace, et sa liberté au sein de ce même espace.


Il nous montre la vue depuis la terrasse de son immeuble. En contrebas, les habitants se sont réunis pour monter le décor d’un mariage, qui aura lieu demain.


Il nous confie que sa mère commence à lui chercher une femme. En réalité il reçoit des profils et des « propositions » depuis qu’il a fini l’école. Mais Gautam est chanceux, sa famille est très ouverte d’esprit et il se sent libre de choisir la partenaire qui lui conviendra. Pour l’instant cette pensée est source de soucis. Il ne veut pas commettre les mêmes erreurs que son frère. On n’en saura pas beaucoup plus, mais on se doute que ce mariage arrangé ne fait pas partie des exemples réussis.


C’est avec romantisme que Gautam évoque son éventuelle partenaire de vie. En Inde le flirt n’est pas répandu, et deux jeunes gens qui se plaisent n’ont pas le droit de le montrer. Pas évident pour sonder une personne avant de faire un choix!

En occident, la conception du mariage et de la vie de couple sont très différentes. Et ce que Gautam en sait, c’est ce que la télé lui a montré. Alors forcément il a des questions. Y répondre a été un exercice que j’ai trouvé intéressant et troublant à la fois. Quand les traditions sont si éloignées, il faut repartir de la base pour se faire comprendre. Dire que le mariage est beaucoup plus libre chez nous ne suffit pas. Contrairement à l’Inde, nous ne sommes plus unifiés par la religion. Ainsi le rituel du mariage est propre à chaque religion, multipliant les possibilités. Ici la date du mariage ne se décide pas au hasard. Elle est calculée en fonction des astres. D’autre part, la majorité d’entre nous ne vivent plus dans des familles multi-générationnelles. En Inde, si le fils ne se marie pas, qui va s’occuper des parents?

La notion de concubinage lui est complètement étrangère, et on voit bien à son sourcil relevé qu’il n’intègre pas complètement le principe. Pire encore, quand on évoque que certaines personnes restent longtemps ensemble sans savoir s’ils sont « partenaires de vie »…Gautam comprend, mais sa manière simple de conclure que a+b=c nous donne envie d’aborder tous nos problèmes avec un regard nouveau, le fameux « pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple? »

Vous constaterez que jamais on n’évoque l’amour, même si ici comme partout, on espère qu’il fera partie de l’équation. Mais on reste pudique. Si amour il y a, ça ne regarde personne!

Le toit de l’immeuble est un formidable terrain pour les photos artistiques

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