Ode à toi, eau de là



L’immersion douce, marée basse, comme une caresse. Avancer jusqu’à ce que la marche devienne une nage. Puis faire la planche, lâcher le contrôle, se laisser porter, te donner les commandes. Que j’aime les sons étouffés. Je m’accroche à l’inspiration pour ne pas sombrer. Tout à la surface a disparu, tout au fond est plus clair. Rester en flottement assez longtemps pour être déboussolée, ne pas savoir où tu as décidé de m’emmener. Plus loin ou plus près ? De quoi ? De la plage ? Du large ? Quand je me redresse je ne sais pas où est mon nord, ma tête tourne et j’adore ça.

Une ombre que je ne distingue pas passe à quelques mètres, et je préfère me dire que c’est « juste » un gros poisson, parce que les petits requins viennent rarement s’aventurer si près de la plage, et les crocodiles sont plus près des estuaires, même si apparemment certains en ont vu en mer…


L’entrée musclée, marée haute, quand tu pousses et tires, que tu ramènes vers la plage une multitude de petits cailloux qui battent mes chevilles, quand tes vagues chargent comme la cavalerie au galop. Je ferme les yeux, plonge dessous, et plie les genoux pour que la lèvre de la vague fouette la plante de mes pieds. Si je suis me suis propulsée assez profond je te sentirai à peine passer au-dessus de ma tête. Parfois je ne plonge que de quelques centimètres et je te laisse me surprendre, m’étirer en étoile. Quand je distingue à nouveau le haut du bas, je pose mes mains à plat sur ta surface et la mousse crépite sous mes mains, me picote le côté des doigts.

Calée sur le banc de sable, l’eau à la taille, je vois passer une raie manta qui semble voler au ralenti dans le creux de la vague, juste avant qu’elle casse, s’enroule sur elle-même et disparaisse dans un bouillon beige de bulles et de sable.


J’ai fait de la baignade au coucher du soleil une routine quasi quotidienne. Les couleurs sont tous les jours différentes mais toujours magiques. Le reflet du soleil dans l’eau crée une traînée de paillettes plus ou moins orangées, le clapotis brille et tout ce qui touche ta surface se teinte selon les caprices du ciel. Parfois la plage s’embrase, le sable scintille, l’eau est chaude, et entre feu et eau on ne sait plus qui est qui.

67 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout