Le coeur lourd mais chanceux

S’il y a une chose qui n’était pas indienne dans le spectacle de mercredi soir, c’est le fait que nous ayons commencé à l’heure. La magie a opéré pour la présentation du Magicien d’Oz. Les enfants ont été formidables, et nos prières au dieu du vent ont manifestement été exhaussées. J’étais furieusement fière de mes comédiens, et c’est pourquoi j’ai été déçue que le public applaudisse si peu. La pièce étant en anglais, je me suis demandé s’ils avaient eu du mal à comprendre; pourtant j’avais prévu une narration en hindi au début de chaque scène.

Mais une fois le spectacle terminé, les compliments ont fusé et Rajesh m’a expliqué que le public indien rural n’applaudit tout simplement pas. C’est frustrant, mais tous les commentaires qui ont suivi m’ont rassuré.



Le lendemain, je me sentais complètement vidée. Dans chaque phrase j’entendais des répliques de la pièce. J’avais encore beaucoup à faire pour le yearbook, mais j’ai surtout erré dans les couloirs en lançant des regards attendris aux enfants de retour dans leurs classes.

Je cherchais autant leur compagnie qu’eux la mienne, surtout les plus âgés, qui avaient les rôles principaux et dont je me suis donc beaucoup rapprochée. J’étais aux anges quand l’après-midi nous avons pu passer plus d’une heure à faire des glissades dans la piscine à moitie remplie. J’avais à nouveau 12 ans, et rien que pour ça, pour m’avoir fait revivre des fragments si intenses de ma propre innocence, je les remercie.

Je n’aurais jamais imaginé que l’expérience prendrait cette ampleur émotionnelle. Mais tout ce qui se construit lentement se construit solidement.

Samedi matin, quand j’ai posé mon sac dans la voiture qui allait nous conduire à la gare, j’ai murmuré : « Let the crying begin! », et la cérémonie d’au-revoir était effectivement intensément émouvante. Tous les enfants réunis devant l’école nous distribuaient des cartes, des cadeaux, des câlins, des larmes, et moi je pleurais en leur promettant (en ME promettant) de leur rendre visite dès que possible!

Dire au revoir à un adulte, passe encore. Parce qu’il comprend qu’on voyage, que notre vie est ailleurs (l’est-elle?), que ce n’est pas parce qu’on n’est pas bien qu’on s’en va. Mais un enfant…le sentiment d’abandon qui se lit dans ses yeux, l’envie de le voir grandir!…Voilà pourquoi les larmes coulent.


Alors que je m’apprête a sillonner les rails de l’Inde du nord d’ouest en est, mon cœur est lourd de peine, mais allégé par la chance et rempli de magie. De la peine, parce qu’ils me manquent déjà, et que je ne sais pas si je les reverrai. Mais de la chance surtout, d’avoir ce fabuleux vécu, le partage, les rires et les sourires, les clins d’œil et les gestes d’amitié, dans lesquels je pourrai puiser sans fin.

Tous ces enfants, et certains en particulier évidemment, se sont créés une place bien à eux dans mes plus beaux souvenirs, et je leur laisse une part de moi, confiante qu’elle sera bien gardée.

La classe VII, les plus grands, à qui j’ai laisse mon globe (ballon gonflable) après avoir dessiné une croix à Dhampur et une croix à Paris.

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