Un mot sur l’éducation

Deux étudiants de Calcutta sont en ce moment à l’école pour tourner un documentaire. Ils filment les classes, les activités, interviewent les parents et les professeurs. Je me suis prêtée au jeu ce matin, moi qui d’ordinaire suis également de l’autre côté de la caméra. Je n’ai pas trouvé ça facile de débattre des avantages et inconvénients du système progressif. D’autant plus que j’ai beau participer à l’élaboration de ce système ici même, plus j’en parle et plus je m’aperçois que ma manière de voir les choses est plutôt traditionnelle! Comme pour tout, je vote pour l’équilibre. Une discipline militaire n’est peut-être pas nécessaire, en revanche laisser aux enfants le choix des matières trop tôt est une fausse liberté. En apparence on les laisse libre de s’épanouir dans ce qu’ils aiment faire. En réalité on ne leur donne même pas la possibilité d’apprendre à aimer autre chose! Quel enfant choisira d’instinct les mathématiques par choix entre 6 et 12 ans, s’il n’a jamais appris ses multiplications? Est-ce que la géographie est attrayante quand on doit retenir par cœur les fleuves de notre pays?

Mon intervieweuse creuse: « comment définir alors quelles matières sont indispensables »…là je sèche. Je ne suis pas spécialisée dans l’éducation, et quand j’y pense je trouve que le système dont je suis issue est bien fait. Le but de l’école n’est pas seulement de nous aider à nous épanouir dans un sujet particulier, c’est aussi et surtout de nous donner les clés du monde dans lequel nous vivons.


Est-ce que je considère que mon cours de danse devrait être obligatoire? Non! La danse classique est féminine, c’est indiscutable, et je ne vois pas l’intérêt de l’imposer aux garçons. Certains aimeront, et tant mieux, mais pas tous, et il n’y a rien d’étrange à cela. En revanche je ne vois aucun inconvénient à ce que l’expression corporelle, comparable à un exercice de théâtre, soit obligatoire, un peu comme l’est le sport.

Qu’en est-il des cours de langue étrangère? Après une semaine d’observation, nous avons pu constater que les professeurs parlent et répondent en hindi durant le cours d’anglais. L’usage de la langue maternelle dans un cours de langue étrangère n’est absolument pas nécessaire. Suite à nos commentaires, les professeurs se défendent; s’ils ne traduisent pas, les enfants ne comprennent pas. Évidemment je ne suis pas d’accord, et je soutiens que traduire est juste la solution la plus simple. Il y a 1000 autres façons de faire comprendre à un enfant ce qu’est une fenêtre. On peut montrer, dessiner, définir avec d’autres mots…

La discipline est aussi tout un chapitre. Où est la frontière entre sévérité et laxisme? N’est-ce pas le propre même d’un enfant de chercher à définir où sont les limites? Et comment est-il sensé être confronté à des limites si personne ne les pose? L’école est aussi un cadre où s’enseignent les valeurs morales, le respect, l’attention, la politesse.

Enfin, le plus gros défi du système progressiste est de gagner la confiance des parents. Contrairement au programme traditionnel, les notations sont pratiquement inexistantes, et les moyens de contrôler le progrès de son enfant sont donc limités. Pushp Niketan espère faire ses preuves dans le temps. L’école n’a que 5 ans, et chaque année ouvre un nouveau niveau. Dans quelques années seulement nous serons en mesure de dire si les enfants qui ont suivi ce programme ont les mêmes chances que d’autres dans les concours d’universités et lors des entretiens d’embauche.

Seulement à ce moment-là pourrons-nous constater les bienfaits de l’épanouissement tant convoité.


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