Pile ou face à Sàmara



Il faut que je te raconte, Sàmara. Chercher un logement chez toi est une aventure digne des plus grands manèges (que j’aurais eu tendance à qualifier de montagne russe, mais vu les circonstances actuelles, je m’en tiendrai à manège). On est déjà passé par tous les états : coup de foudre lors de notre rencontre avec toi, désillusion à la vue des prix, hallucination face à l’incohérence du marché de l’immobilier locatif, espoir au contact de la bienveillance ambiante, stress de ne rien trouver, pressentiment que « ça va le faire », crainte que « ça ne le fasse pas », espérance lors de discussions encourageantes avec des locaux, déception que ça ne mène à rien de viable, désir insistant, colère de constater le nombre de maisons vides habitées quelques semaines par an, désespoir de ne toujours rien trouver…Pura Vida se transformait tout doucement en Pira Vida.


Mais revenons un peu en arrière. Au risque de me répéter, ce satané covid (oui je m’obstine à le masculiniser, et non il ne mérite pas de majuscule) et les deux ans de pandémie qu’il nous a fait traverser ayant, comme tu sais, remodelé le monde, notamment du nomadisme, les prix des logements ont flambé. Jusqu’ici, rien de nouveau ni de surprenant. Là où nous avons frôlé la folie, c’est en découvrant l’absurdité des offres. Entre 500 et 5000$ par mois, on trouve de tout, sans aucune logique. Des taudis en centre-ville avec 3 lits collés dans la même pièce sans clim (il fait trèèès chaud ici, je précise) et sans cuisine, des casitas chez l’habitant, des maisons modernes sur la plage, des apparts-hôtel pieds dans l’eau…sauf que le taudis peut coûter pas loin de 3000$, et la maison près de la plage 700$ !!! Aucune logique, te dis-je, Sàmara. Alors c’est sûr, les offres en ligne s’alignent. C’est en se baladant, en tapant aux portes, en discutant dans les quartiers, en sollicitant les habitants du coin qu’on a décelé les maisons cachées et bien gardées, loin du web. Sauf qu’elles ne nous ont pas attendu pour se remplir, bien sûr.


Tu veux savoir comment tout ça a commencé ? Merci de poser la question, Sàmara (à propos, j’aime beaucoup ton nom, même si je suis biaisée car les S sont partout dans ma vie). Nous sommes téméraires mais pas complétement idiots quand même. Nous avions réservé un appartement pour un mois avant de venir. Dans le bus entre Tamarindo et chez toi, nous avons pris contact pour le check-in, et la réponse a été « désolé, on a fait un double-booking, l’appartement n’est plus dispo ». Sachant pertinemment qu’on peut ne RIEN trouver le jour-même en haute saison, je te laisse imaginer l’effroi dans lequel nous avons été plongés. C’est le moment que le chauffeur de bus a choisi pour nous larguer à une station essence au milieu de nulle part annonçant qu’un autre bus passerait nous chercher pour faire la liaison (ce qui n’était pas prévu, mais passons), juste après qu’un dos d’âne ait occasionné la chute (et le bris) de l’appareil photo. Nous avons donc réservé un logement chez l’habitant en catastrophe pour deux nuits (hallelujah internet) et avons été fort bien accueillis par Maria, sa fille (nièce, petite cousine…qu’importe) et petite-fille (petite-nièce, cousine au deuxième degré, on s’en fout on a dit !…) de l’âge de Soren. Elle nous a fait goûter les mangues acides qui se mangent salées, en salade, avec du citron.


Puis nous avons mis la main au portefeuille pour nous acheter quelques jours précieux posés dans un endroit idyllique pas trop loin du centre dans le but de visiter des appartements. Ce n’est pas une envie de luxe qui a motivé notre décision, c’est ce qu’on appelle un non-choix, puisqu’on ne trouvait rien d’autre de disponible, bien que ce non-choix soit lui aussi le fruit d'une belle rencontre.

Très vite, Sàmara, l’envie de rester ici en ta compagnie est devenue pressante. C’est ta plage, ton eau à 28°, tes vagues (Steph n’est pas d’accord, d’un point de vue de surfeur intermédiaire, on le laissera s'exprimer sur le sujet à l'occasion), ton ambiance tranquille et communautaire, solidaire même, ton petit marché du samedi, tes initiatives responsables, la petite école où pourrait aller Soren, ta vibe chill (pardonne-moi les anglicismes, mais « onde rafraîchie » ne fait pas l’affaire, surtout vu la chaleur). Tout ça nous est monté à la cabeza comme un cocktail siroté trop vite.


Alors, ça m’ira, ça m’ira pas, Sàmara ?...Comment va se passer le réveil post gueule de bois ? Frais comme un gardon ou coups de tomahawk dans la testa?

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