L'envers du décor



Faut que je te raconte, Bahia. Samedi dernier, j’étais intervenante lors d’un sommet digital. Une expérience très enrichissante et agréable avec trois acolytes incroyables et une quinzaine de participants connectés des quatre coins du monde, bienveillants et impliqués. Seulement voilà, il y a un envers du décor. Il n’est pas négatif du tout, il est juste drôle. Je trouve dommage de le garder pour moi, alors je te le raconte à toi, parce que je sais qu’en tant qu’hôtel de standing, tu ne répèteras pas.


Avant de commencer je dois te préciser qu’au Costa Rica il était 2h du matin pour moi. Ça c’est un fait connu de tous et ça n’a rien d’exceptionnel puisqu’une autre intervenante était au Vietnam, et on avait des participants du Bénin, Singapour, Irlande, Chine…Seulement c’est important pour la suite.


Déjà, sache que ce n’est pas la première fois qu’on se levait dans la nuit pour interagir avec la France. Ta super directrice (tu sais, celle que j’ai appelée « belle rencontre » dans un précédent article ?) nous a très gentiment prêté son bureau pour ces occasions, et vu l’heure il n’y avait jamais eu de conflit. Pas ce samedi-là cela dit, Bahia. Ce samedi-là, quand j’ai traversé la nuit noire pour aller m’installer, j’ai été surprise de voir des lumières allumées et des silhouettes sur un banc non loin. Jusque-là rien d’alarmant, juste des sourcils levés quand les gens passaient tout prêt du bureau et me voyaient par la fenêtre gesticuler devant mon écran toute coiffée, maquillée et apprêtée que j’étais – non, le bas de pyjama ne compte pas Bahia, j’étais visible en plan poitrine seulement.

Je partageais le bureau avec Ba et Hia, deux chiots jetés un jour sur la plage devant l’hôtel, depuis adoptés et nommés après toi - tu savais que tu avais les deux mascottes les plus adorables du coin ? À un moment donné, Hia s’est mise à rêver et gratter le mur avec ses pattes, mais heureusement ça n’a pas duré.


Quelques minutes avant mon intervention, c’est-à-dire le moment où je dois réactiver mon micro, du monde s’active juste derrière une porte attenante du bureau. Je ne sais même pas ce qui se trouve derrière, mais à en croire la douche qui coule, le brossage de dents et la musique latino mélangés, j’imagine un studio avec salle de bain…Me v’là qui tape à la porte, Bahia…quelle option avais-je ?! Tu me vois parler de concentration et de respiration avec en bruit de fond un gars qui fait sa toilette en écoutant du reggaeton ?

Heureusement l’inconnu cesse rapidement toute activité et l’honneur est sauvé.


Après ça, il a juste fallu que je me fasse très fortement violence pour ne pas gratter frénétiquement et jusqu’au sang ma trentaine de piqûres de moustiques, mouches des sables et que sais-je d’autre, que je ne me claque pas non plus inopinément pour détruire tout insecte à moins d’un mètre de moi en plein speech – dois-je te rappeler que je leur parlais de bien-être, d’écouter son corps…tu imagines si j’avais commencé à me mettre des baffes ? Le thème c’était le syndrome de l’imposteur. Pas Gilles de la Tourette !


Tu comprends maintenant pourquoi je parle d’expérience enrichissante, Bahia. Quand on me demande de quoi je suis fière, je parle souvent d’adaptabilité, et je constate que c’est toujours d’actualité. Je suis apparemment le chat qui retombe toujours sur ses pattes, et il est vrai que je me suis déjà jetée d’assez haut, mais avec un parachute ça ne compte pas plus que le bas de pyjama. Comment ça tu ne vois pas le rapport ?

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